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La fessée à l’école : coup de cœur ou coup de trop ?

Le gouvernement a par l’arrêté n°0075/ME/DELC du 28 Septembre 2009 interdit les punitions physiques et humiliantes (châtiments corporels et châtiments non physiques) à l’endroit des élèves en milieu scolaire. Mais les avis sur la question restent très divisés.

Certains ne jurent que par les tapes, fessées et autres. D’autres les considèrent comme des pratiques dépassées et horrifiantes. Mais avant de se pencher sur le ressenti que provoquent ces pratiques, il faudrait se demander pourquoi celles-ci sont utilisées là où le savoir devrait être la seule arme.

 

L’une des raisons pour lesquelles ces pratiques sont effectives est l’absence de formation à la pédagogie pacifique et aux techniques disciplinaires alternatives non violentes. Les enseignants étant mal ou pas du tout formés (les volontaires de l’éducation, les maîtres contractuels sous qualifiés), encadrant la plupart du temps des classes surchargées, pensent que l’emploi du châtiment corporel et le fait de terroriser les apprenants peut maintenir la classe dans l’ordre et la discipline.

Un autre fait est que les réalités sociales africaines ont engendré une acceptation générale des châtiments corporels à l’école et à la maison. Les parents « confient » souvent leurs enfants à l’enseignant, lui autorisant expressément l’usage des châtiments corporels. Les enseignants en abusent en profitant du silence des enfants qui craignent de les dénoncer de peur de récolter une double sanction pour l’erreur ou la faute commise. Il y a aussi que l’école admet les châtiments corporels répandus en famille et en fait avec l’accord public une vertu éducative. Beaucoup de nos parents disent d’ailleurs qu’ils sont les personnes responsables et correctes que nous connaissons à cause des généreuses corrections de leur parent et qu’après chaque « mini-baston » on devait même dire «MERCI » … Really nigga ?! Tu me bottes et puis tu veux que je te dise « MERCI » ?! C’est donc l’esclavage ?!

Certains encore de notre génération ont vécu un peu dans ce type d’éducation.

Pour la petite histoire, je suis d’ailleurs un peu de ceux-là. Je n’étais pas forcément une enfant turbulente mais je faisais quand même des bêtises comme tous les enfants. A la maison, j’ai eu droit à quelques petites claques ou fessées. Et à bien regarder ce ne sont pas des corrections disproportionnées qui m’ont été affligées. Plutôt « rationnelles à mes bêtises ». Et ce n’était pas par contre la seule forme de punition. J’ai fait des pompes, j’ai été à genoux au coin, j’ai eu à copier 200 fois des « je dois ranger mes livres et jouets après les avoir utilisés » avec des techniques magiques pour vite finir à l’heure des dessins animés (rires). Il y en avait donc qui me faisait « mal » (un mal supportable pour un enfant de mon âge), pour bien me montrer que c’était une grosse bêtise qu’il ne fallait plus refaire et il y en avait d’autres qui ne faisaient pas mal mais qui étaient ennuyantes voire contraignantes. Assez pour me dissuader de recommencer. En sus, autant j’étais réprimée à ma juste valeur, autant j’étais couverte de câlins, de bisous, d’attentions, de cadeaux et de mots d’encouragement etc. Je ne vais pas me lancer des fleurs mais je peux dire que je suis en phase d’être une jeune femme accomplie et cela parce que mon éducation a été ainsi guidée « d’une main de fer dans un gant de velours ». (Ça c’est un lourd «atalaku» pour ma mamounette ! Rires ! En tout cas le mix « fessées-câlins » a réussi !)

A l’école, c’était presque la même chose… Presque, parce que dans certaines classes, mes maîtres allaient au-delà des petites fessées et punitions classiques. Il y en avait dont les punitions étaient inadaptées, dont les instruments de punitions étaient inadéquats et qui avaient la main un peu trop lourde… Et ça s’applique à tous les élèves hein ! « Amusement à part », je n’étais pas la plus têtue, la plus bavarde ou la moins assidue mais il y a eu des jours où je suis rentrée à la maison avec des enflures aux fesses ou à la main. Demandez-moi les raisons ? Parce que j’avais peut-être oublié une table de multiplication ou parce que je n’avais pas bien noté un exercice dans le cahier de texte. Maman a dû aller se plaindre auprès du maître parce que ce n’était plus acceptable. Il dépassait les bornes ! C’était le coup de trop.

Et c’est bien là le problème. Beaucoup n’arrivent pas à faire le mix « fessées-câlins » ou « correction-encouragements ». Ils ne font pas la part des choses, ne sont pas rationnels ou proportionnels quant à la correction des enfants. Ils exagèrent dans les durées de punitions ou dans les fessées et même l’intensité avec laquelle ils la donnent ou avec quoi ils la donnent. Tiens, par exemple, la chicote de mon maître était un tuyau d’environ 35 cm de long dont les bouts étaient fermés avec du scotch marron. Il mettait du sable et du gravier dans le tuyau, histoire d’intensifier la douleur ! Dès le premier coup, tu as envie de vomir ton BONJUS de la récré tellement ton cœur se serre ! « Gnianhoua » !

Quand je pense qu’il y en a qui utilisent bien d’autres méthodes plus drastiques et qui font pire, d’autres qui ne font pas la distinction entre une petite tape sur les fesses et un combat de kick-boxing ! On aurait dit que c’est l’enfant de la fille qui lui a donné le plus gros « goumin » de sa vie ! Et quand bien même ! … On dit bien « corriger », pas « battre » !

En plus, les abus et les châtiments corporels ont des conséquences sur la santé. Les séquelles peuvent être des enflures (ça je connais bien ! Rires), déchirures, coupures, plaies localisées, lésions osseuses, traumatismes crâniens et ce en fonction de la violence du bourreau. La peur et l’épreuve de la punition réveillent souvent des maux de tête, de ventre, des vomissements et même des troubles du sommeil. De plus, le mental de l’enfant peut ne pas ressortir intact de ce type de traitement. L’enfant peut devenir extrêmement violent (reproduire sur ses amis que ce qu’il subit ou encore pire), insociable, craintif, trop timide, dépressif, suicidaire parfois même psychopathe.

Notre opinion ?

Sensibiliser les parents sur une méthode d’éducation pacifique mais respectueuse des valeurs morales et sociales et cultiver une pédagogie pacifique active.

L’enseignant doit instaurer une démocratie scolaire au sein de la classe. Il s’agira d’établir avec les enfants les règles de la classe, ce qu’il faut ou ne pas faire, les règles civiques, morales à observer en classe et ailleurs exposé de façon à ce que toute la classe en ait connaissance (écrit sur un tableau ou affiché sur un mur). Le non-respect de ces règles entrainera des punitions mais des punitions organisées c’est-à-dire qui respectent le corps et l’intégrité morale de l’enfant : aucune humiliation et aucuns sévices corporels. Par exemple, l’enfant sera privé de récréation et devra effectuer une activité qui comblera ses lacunes dans tel ou telle matière, ou aider à une tâche qui servira à la collectivité (propreté de la classe, ranger les livres etc.)

On doit aussi privilégier l’apprentissage ludique des règles de la classe mais aussi des matières ou sujets à étudier (chant ou jeu faisant l’apologie du civisme, jeu pour apprendre les leçons etc. Aussi, l’enseignant doit être proche de ses élèves, doit chercher à les connaitre pour les éduquer en tenant compte de leur sensibilité et leur personnalité. Il doit aussi se faire aimer de ses apprenants. Car le respect ne saurait être maintenu par la peur ; mais par la crainte affective, celle qui incite au respect et aux initiatives pour ne pas décevoir la personne qu’on porte en estime.

Selon moi, les châtiments corporels ont des limites très voisines avec la violence. Le pas entre les deux est très facilement franchissables, et l’homme n’étant pas parfait, on ne peut soi-même se faire confiance sur nos capacités à gérer le parallèle entre les deux. Il est bien préférable de les éviter en milieu scolaire (et domestique si possible). Vaut mieux que nos enfants apprennent en toute sérénité, que l’école soit pour eux un « coup de cœur » plutôt qu’ils s’en lassent et dévient de leur voie parce qu’ils y ont subi le  « coup de trop ».

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